La physicienne Sophie D'Ambrosio devient Chief Scientist Officer chez Digital For The Planet

 Sophie D’Ambrosio, Chief Scientist Officer de Digital For The Planet et lauréate du prix Femmes de Science 2018 L’Oréal-Unesco

Sophie D’Ambrosio, Chief Scientist Officer de Digital For The Planet et lauréate du prix Femmes de Science 2018 L’Oréal-Unesco

“Je travaille depuis plusieurs années sur la réduction drastique de consommation d’énergie des super-calculateurs. Ma mission chez Digital For The Planet est d’assurer que nos technologies seront celles d’un nouveau genre : aussi puissantes que low carbone.”

Bonjour Sophie, vous êtes physicienne et chercheure. Pourriez-vous vous présenter et nous en dire davantage sur votre parcours ?

Je m’appelle Sophie, j’ai 32 ans et je suis originaire de Marseille : j’y suis née, j’y ai grandi et fait toutes mes études jusqu’à mon doctorat en matières physiques. J’ai ensuite passé 3 ans à l’étranger, au Japon et en Italie, à l’École Normale Supérieure de Pise.

“C’est Napoléon qui a construit cette école durant la conquête de l’Europe. Il avait déjà fait bâtir l’ENS à Paris et n’en a fondé qu’une seule autre, en Italie à Pise. Cette école n’est présente qu’en France et en Italie. C’est un monument architectural incroyable où se rendre quand on est de passage à Pise !”

Je suis revenue en France, à Paris plus précisément, en décembre 2017 pour travailler au sein de l’unité mixte CNRS-Thalès en Ile-de-France. Je mène des recherches en micro et nano-technologie et plus spécifiquement sur la physique de la matière condensée.

Vous avez un intérêt profond pour la durabilité et la technologie et vous avez récemment reçu une distinction remarquable pour votre travail. Pouvez-vous nous parler de vos derniers travaux et de cette belle aventure?

J’ai récemment eu la chance de gagner le prix Femme de Science L’Oréal-Unesco 2018. Ce qui m’a permis d'être récompensée, ce sont mes recherches permettant de rendre plus durables les super-calculateurs à venir.

L'objectif est de réduire considérablement leur consommation d'énergie en divisant cette consommation par 10 000 grâce à des matériaux très spécifiques comme les supraconducteurs à température critique élevée.”

Pour moi, ce prix est une chance merveilleuse à plusieurs égards. Tout d'abord, j'ai reçu des financements pour poursuivre mes recherches dans ce domaine, ce qui est primordial dans la recherche. Ensuite, ce prix m’a permis d’avoir une forte visibilité, publier et de m'exprimer sur la place de la femme dans la société, et en particulier dans la science. Je pense que pour un avenir meilleur, nous avons besoin de plus de femmes dans des domaines clés, y compris les sciences.

“Par exemple, en médecine, nous avons réalisé que les biais masculins étaient à l’origine d’une méconnaissance des symptômes de la crise cardiaque car les hommes et les femmes n’ont pas la même façon d’exprimer ce dysfonctionnement. C’est une des raisons pour lesquelles les médecins ont longtemps pensé que les crises cardiaques des femmes n’étaient en fait que des crises d’angoisse.”

L'innovation et la créativité forment leur ADN dans la différence. Vous avez besoin de points de vue différents pour créer et innover. Les hommes et les femmes ne sont pas seulement différents physiquement, ils sont également différents émotionnellement et psychologiquement. Ce qui n’est pas un problème, mais plutôt une opportunité. Et c’est cette confrontation qui fait émerger la nouveauté. Cette loi fondamentale est vraie pour le genre, mais ça l’est aussi pour les origines sociales ou ethniques.

Digital For The Planet est le premier projet global entièrement consacré à l'écologie numérique et à la conception de percées technologiques de type durable. Quelle est l’importance de la recherche et de la prospective dans ce domaine?


La science est clé pour l'avenir de la planète et pour faire face aux défis de l'humanité à venir. Néanmoins, il est important de comprendre que la science est un outil. Ce n'est ni bon ni mauvais, c'est simplement un outil. Il nous appartient de l’utiliser pour un avenir meilleur. Nous avons besoin d’outils pour survivre et plus nous en aurons, meilleure sera la chance que nous aurons de le faire durer.
Par exemple, aujourd’hui, nos ordinateurs et smartphones, Internet jouent un rôle fondamental dans notre vie quotidienne. Grâce à cela, nous pouvons partager beaucoup de choses (films, musiques, connaissances, nos réflexions...). Pour moi, la technologie est une chance, pour nous et nos enfants. Mais aujourd'hui, nous avons un problème avec la façon dont nous jetons et recyclons tous nos appareils électroniques. En physique électronique, les scientifiques doivent participer à trouver le moyen de répondre correctement à ce défi.

Vous avez récemment rejoint Digital For The Planet comme Chief Scientist officer. Quel est votre rôle exactement?

“Ma mission globale est de m’assurer que nos technologies sont aussi efficaces que durables, c’est à dire qu'elles produisent autant d'avantages économiques et que la matière consomme le moins d'énergie possible. Ça paraît irréalisable dit comme ça, mais comme vous le savez, j’ai déjà commencé à craquer le sujet ! (rires)”


Pour cela, je piloterai l'équipe de recherche pour la veille scientifique, ce qui est essentiel pour avoir une vision constante dans ce que nous faisons et la direction que nous prendrons. Je travaillerai également en étroite collaboration avec notre CEO ainsi que le Chief Technology pour accompagner l'équipe de développeurs et les partenaire afin de garantir le bon déroulement durable. Mon travail consiste à apporter à ce que nous faisons, le côté innovant  en terme de durabilité et d’écologie.

Comment cette opportunité s'est-elle présentée? Connaissiez-vous Digital For The Planet avant ?

Malheureusement, je ne connaissais pas Digital For The Planet avant de rencontrer Inès Leonarduzzi, la PDG, a pris contact avec moi. J'ai appris le jour de notre rencontre qu’une personne dans son équipe de recherche lui avait parlé de mes travaux lors d'une réunion d’équipe.

 

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“J'ai été très surprise de voir à quel point Inès et moi étions particulièrement semblables au niveau de la personnalité et de nos histoires personnelles aussi. On communique sur le même canal. Selon moi, c'est un point clé pour une collaboration réussie.”

Nous sommes allés déjeuner dans un petit restaurant italien près de Bourse et après une heure et demie, j’étais convaincue que nous pouvions faire beaucoup ensemble pour la technologie et son énorme besoin de développement durable. J'espère partager cette aventure avec Digital For The Planet pendant longtemps.

Vous êtes également impliqué dans l'éducation, pour une société inclusive et orientée vers l'égalité. Les valeurs que nous partageons chez Digital For The Planet, pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?

Je me suis toujours intéressée aux questions d’égalité hommes-femmes et d’égalité sociale. Pendant trois ans, quand j'étais doctorante à Marseille, j'étais bénévole au sein de l'association AFEV pour aider les jeunes éloignés de l’éducation scolaire. Mon rôle était de leur donner des leçons à la maison et d'ouvrir leur esprit.

“Le prix L’Oréal-Unesco vise à promouvoir la science et l’égalité des genres. Dans ce cadre, j’ai prévu de retourner dans les banlieues marseillaises pour développer un programme de sciences destiné aux jeunes où l’écologie digitale aura toute sa place.”


M’engager auprès de Digital For The Planet correspond parfaitement à mes valeurs. Inès Leonarduzzi est aussi une personne philanthropique qui se rend régulièrement dans des collèges et lycées d’Ile-de-France ayant des besoins éducatifs spécifiques. Au sein même du Earth project, les origines sociales sont très disparates et c’est dans ce type d’environnement que je souhaite apporter du sens.


7. Quelles sont les prochaines actions à mener ?

Je crois qu’Inès et moi allons passer de longues journées sur l’architecture écologique de nos deux technologies phares : Plana, une mega-intelligence artificielle capable de rendre les usages digitaux citoyens beaucoup moins énergétiques en proposant des recommandations personnalisées et le blockchain à impact social qui nous permet de faire des comportements citoyens responsable un nouveau token, valorisables auprès des acteurs économiques de tous les jours.

“Nous sommes en train de constituer une équipe forte, visionnaire et qui n’a pas peur de se lancer dans l’impossible. Il s’agira ensuite de rencontrer de potentiels investisseurs car des financements extérieurs seront nécessaires.”


Inès est très axée sur la vision de nos technologies, le financement et l’accès aux open-data des grands groupes dont nous avons besoin, notamment pour Plana. Avec Anthony, notre Chief Operations, elle travaille avec avocats et lobbyistes en ce sens (qui par le plus grand des hasards, se trouvent toutes être des femmes !).

Elle voyage beaucoup pour rencontrer les institutionnels qui pourront nous aider et  collabore avec des instituts publics sur les enjeux d’économie circulaire numérique notamment pour réduire la dégradation des sols liées à l’extraction des minerais nécessaires au développement technologique ; je vais également la rejoindre sur ces sujets où elle m’a clairement dit avoir besoin de moi.

“L’objectif est d’offrir une capacité de produire des technologies de pointe les plus propres possible. On en est capable et c’est clairement notre sujet.”

Mon job à venir est de structurer le calendrier, inventorier ce qui est fait et lister les besoins, superviser le développement et sa bonne avancée et surtout de garantir l’honnêteté intellectuelle, en méthode essai-erreur, de notre démarche : que la technologie de pointe, non seulement s’oriente vers le bien commun, l’économie inclusive, mais aussi qu’elle impacte le moins possible la planète. D’une manière générale, nous travaillons sur tous les aspects main dans la main, tous les apports sont pris en compte et je crois que c’est pour cette raison que ce que nous faisons va marcher.